Début avril, de nombreuses entreprises et représentants du secteur de l'alimentation animale se sont réunis au centre des congrès de Berlin pour le « Global Feed Safety Summit », un événement récurrent organisé par GMP+ international et ALL ABOUT FEED. L'objectif de ce sommet : échanger des idées et des visions, rassembler des acteurs clés et définir l'avenir du secteur de l'alimentation animale. Notre Normaniste Ruben était également présent et a consigné ses observations dans cet article.

Jour 1. À quoi ressemble l'avenir du secteur de l'alimentation animale ?

Le premier jour était placé sous le thème « Food for Thought ». Depuis le dernier Feed Safety Summit en 2017, la scène mondiale a beaucoup changé, notamment en raison de plusieurs crises. Des événements tels que le COVID-19, la guerre en Ukraine, le blocage du porte-conteneurs Ever Given, les différends commerciaux ou encore la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes ont mis en évidence la vulnérabilité du commerce international.

Par ailleurs, la population mondiale devrait atteindre environ 10 milliards d'habitants d'ici 2050. Selon la FAO, les besoins alimentaires augmenteront de 60 %. L'accroissement du cheptel nécessaire pour y répondre exigera une hausse considérable de la production d'aliments pour animaux. Une très forte progression du cheptel est attendue notamment dans les pays en développement. On estime également que la consommation de volailles et d'animaux aquatiques doublera.

On estime qu'en 2050, la consommation de volailles et d'animaux aquatiques aura doublé.

Chaque pays a-t-il les mêmes priorités en matière d'alimentation animale et d'encadrement ?

Les sujets prioritaires ne sont pas les mêmes partout dans le monde. En Occident, l'accent est mis sur l'augmentation de la durabilité, la réduction de la dépendance aux protéines animales et la mise en place d'une chaîne circulaire. Dans les pays développés non occidentaux, l'accent porte principalement sur la durabilité. Les pays en développement misent surtout sur la sécurité alimentaire, la professionnalisation et l'augmentation de la production. Un objectif commun à l'échelle mondiale reste la prise en compte de la résistance antimicrobienne.

Jour 2. Comment rendre le processus de production des aliments pour animaux plus durable ?

« It's not the miles that matter the most ». Lorsqu'il est question de durabilité, tout le monde s'accorde à dire que l'achat régional de matières premières et d'aliments constitue une bien meilleure option que l'achat dans la chaîne mondiale, en raison d'un transport réduit. Pourtant, le transport des aliments n'est responsable que d'un faible pourcentage des émissions de la chaîne. Il est bien plus important de rendre la production primaire plus durable.

Malheureusement, des contraintes financières et de connaissances limitent souvent, à l'échelle mondiale, la possibilité de rendre cette production plus durable. Pour avoir un réel impact, un schéma de type « reward + support » est nécessaire, incluant notamment des contrats à long terme, des prêts financiers avantageux, du consulting et une meilleure rémunération des produits. Les agriculteurs durables peuvent ainsi garder une longueur d'avance sur leurs concurrents moins durables, et davantage d'agriculteurs sont encouragés à agir.

Par ailleurs, l'Union européenne élabore une législation en matière d'achats durables dans la chaîne mondiale. Les matières premières importées devront ainsi être exemptes de pratiques de déforestation et rester physiquement séparées dans la chaîne. Cela pourrait toutefois entraîner une augmentation de la déforestation : en déplaçant les achats hors des zones à risque, les pratiques de déforestation ne cessent pas pour autant, le commerce se déplaçant simplement vers des pays qui n'appliquent aucune norme de durabilité.

Le transport des aliments n'est responsable que d'un faible pourcentage des émissions ; il est bien plus important de rendre la production primaire plus durable.

Comment réduire l'impact écologique des aliments pour animaux ?

L'alimentation animale est responsable d'environ 45 % de l'impact écologique du cheptel. Une réduction des émissions pourrait avoir des conséquences positives sur la problématique climatique. Grâce à des bases de données, il est possible de cartographier et d'améliorer l'empreinte écologique des processus agro-industriels. Il convient également de rechercher des matières premières alternatives afin de répondre à la demande croissante sans abattre davantage de forêts ni transformer des zones naturelles diversifiées en monocultures.

Quelles initiatives sont prises pour lutter contre le gaspillage alimentaire ?

Le sommet s'est également penché en détail sur l'ampleur considérable du gaspillage alimentaire. « 1/3 of food is wasted between field & fork ».

De nombreuses initiatives sont déjà mises en place au sein de la Communauté européenne. Les tourteaux issus de l'huile végétale, les fractions de tamisage des minoteries ou encore les coproduits de la production de bière sont ainsi déjà largement utilisés comme matières premières pour l'alimentation animale. Des entreprises pionnières comme Trotec ont également été saluées pour leur valorisation des flux résiduels de l'industrie alimentaire, transformant biscuits, chips et produits de boulangerie en aliments à part entière. Au sein de l'industrie, cette étape de valorisation est relativement simple à franchir, contrairement à la réduction du gaspillage des produits déjà emballés dans les magasins et des déchets générés par les ménages.

Jour 3. Quel est le rôle de la technologie dans l'avenir du secteur de l'alimentation animale ?

Des audits en réalité augmentée

Lorsqu'il est question de l'avenir du secteur de l'alimentation animale, les possibilités et thématiques alternatives ne sont jamais loin. Une démonstration avec des lunettes Microsoft Hololens a montré comment un audit peut se dérouler grâce à la réalité augmentée.

Un auditeur de terrain équipé du Hololens circule ainsi sur le lieu de production, tandis qu'un expert ou co-auditeur peut suivre la scène en ligne. Bien que cette personne puisse se trouver à l'autre bout du continent, elle peut néanmoins assister l'audit et apporter son expertise. Le public a également évoqué d'autres applications possibles, comme les techniciens de maintenance qui pourraient recourir à cette technologie.

Le public s'est en revanche montré unanime sur le fait que la protection des données pourrait poser un problème majeur : selon eux, des données sensibles pour l'entreprise pourraient être suivies sans contrôle. Une connexion internet stable semble par ailleurs constituer un obstacle potentiel de taille.

Une utilisation optimale des données grâce à la blockchain

L'opinion concernant la technologie blockchain dans le secteur de l'alimentation animale s'est quant à elle révélée très positive. En 2021, un projet a été lancé au Brésil pour intégrer une nouvelle génération numérique dans le transport de produits commerciaux tels que le maïs et le soja. Cette nouvelle technologie permettrait une communication des données bien plus fluide entre négociants, expéditeurs, armateurs et acheteurs.

Quelles formes de collaboration peuvent améliorer le secteur ?

La nécessité de collaborer a été l'un des grands thèmes de ce sommet. Ce point avait déjà été abordé concernant la durabilité tout au long de la chaîne, du producteur primaire jusqu'à l'utilisateur. L'apparition constante de nouveaux dangers renforce également l'importance de plateformes permettant de partager les connaissances et informations relatives aux dangers liés aux produits et à la chaîne. Cette collaboration doit également être encouragée dans la chaîne pour la valorisation des flux résiduels.

Les priorités de GMP+ à l'horizon 2030

Pour conclure, un nouvel agenda a été défini pour GMP+, comprenant des points importants pour le secteur de l'alimentation animale sur la route vers 2030.

  • GMP+ misera sur une collaboration avec la base de données GFLI, qui aide à cartographier l'impact écologique.
  • GMP+ étudie avec Covantis comment la sécurité des aliments pour animaux peut être soutenue par la technologie blockchain.
  • Le directeur général de GMP+ a décidé qu'il fallait contribuer à la promotion mondiale de la norme relative à la résistance antimicrobienne.
  • Lancement d'une plateforme de discussion consacrée à la durabilité dans le secteur de l'alimentation animale.

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